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Derrick Lewis "Je suis champion de Bulgarie de bowling"
Le 14/02/02
Avec treize saisons en France, Derrick Lewis (35 ans) fait aujourd'hui partie du patrimoine du basket français. Le seul joueur à avoir réussi un quadruple-double est certes une teigne, un brin vicieux sur le terrain, mais surtout un homme charmant et formidablement drôle. Passons un moment de bonheur avec l'inspecteur Derrick avec les meilleurs moments de l'interview réalisée par le très bon hebdomadaire BasketNews.
On peut lire sur votre site Internet, derricklewis.net, que vous avez appris le français au lycée. On peut apprendre le français dans un lycée américain ?
Oui. Aux Etats-Unis, les lycées ne fonctionnent pas comme en France. On doit prendre une deuxième langue pendant six semaines. Beaucoup de gens prennent l'espagnol car ils disent que c'est plus facile et nous, les américains, sommes toujours feignants. Moi je voulais faire la même chose mais comme mes deux parents sont profs, ils ont dit que je devais choisir une discipline. Donc, j'ai pris le français. Et au bout des six semaines finalement, j'ai choisi de continuer pendant deux ans de high-school.
Cela fait treize ans que vous êtes en France. Avez-vous le sentiment d'appartenir au patrimoine du basket français ?
C'est un peu bizarre. Ça dépend où je suis. Cette année, dans le sud, c'est un peu nouveau pour moi et je suis nouveau pour tout le monde. Mais quand je regarde les joueurs comme Stéphane Ostrowski, contre qui j'ai joué mon premier match professionnel quand il était à Limoges, Dacoury, Dubuisson, je me dis que je suis presque comme eux. Didier Gadou était là quand j'ai commencé. Ça me fait drôle de me dire que je suis encore là. Quand on joue n'importe quelle équipe française, il y a toujours quelqu'un que je connais et qui me dis : tu te rappelles quand tu pesais 85 kg ? je réponds que depuis j'ai mangé beaucoup de croissants et de pains au chocolat.
Quelle rapport entretenez-vous avec la France ? resterez-vous après le basket ?
J'aime bien ce pays. Je suis américain, bien sûr. Sur l'après basket, la décision va venir de ma femme qui est américaine, qui n'est pas avec sa famille. En même temps, mon fils en est à sa quatrième année en école française et il est plus français que nous tous, je crois. Je sais qu'après le basket, c'est difficile de trouver du travail. Il faut que je commence à y penser parce que ça va arriver bientôt. Ça sera difficile de ne pas rester dans le basket pour moi. J'ai eu des contacts aux Etats-Unis pour travailler à la fac ou au lycée. Quand je repars aux Etats-Unis chaque été, c'est une nouvelle culture que je découvre et je dois m'adapter. |
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Vous avez besoin de vous réhabituer à la culture américaine ?
Oui parce que quand on est en France pendant dix mois de l'année... Par exemple, quand je suis revenu aux Etats-Unis l'été dernier, il y avait les cheveux. (Il rit). C'est à dire que d'un seul coup , je reviens et tout le monde a des longs cheveux, comme les Jackson Five. Je me dis : j'ai loupé quelque chose ? pourtant je vis en France, le pays de la mode. Et aux Etats-Unis, tout le monde a des cheveux comme ça, des pantalons trop larges. Je n'ai pas bien compris. A chaque été, c'est comme ça, il y un truc nouveau. Un été c'était deux ou trois boucles d'oreille à chaque oreille. C'est pour les filles ça ! Moi, je ne pourrais pas. Sauf à Hallowen.
Combien de temps pensez-vous jouer encore ?
Normalement, j'ai une grosse blessure tous les quarte ans. Cette année, c'était mon année, avec ma blessure au genou. Donc je suis tranquille jusqu'à mes quarante ans. Je vais voir si je peux contribuer encore à une équipe. Je ne vois pas de raison d'arrêter avant que mon corps ne puisse plus. J'ai encore une année sur mon contrat avec Pau. Mais je veux être capable de marcher quand le basket sera fini.
Le 24 février 1990, avec Reims, vous receviez Lorient. Vous avez établi le premier et le seul quadruple double de l'histoire du basket français (20 points, 11 rebonds, 10 contres et 12 interceptions). Quel souvenir gardez-vous de cette soirée ?
Je me souviens que Lorient avait Phil Lockett et Derrick Pope dans la raquette et moi je pesais 85 kg. Donc, comme je n'étais pas capable de de me bagarrer avec Lockett, l'autre américain de Reims, Terry Martin, devait défendre sur Lockett. Mais comme Martin n'avait pas la taille pour empêcher Locket de tirer, mon rôle était de venir en deuxième rideau pour joueur le contre. Voilà pourquoi j'ai fait tant de contre. Mais souvent dans ce match j'avais contré le ballon en le gardant ensuite dans mes mains, donc je crois que les statisticiens ont compté des interceptions en plus de contres dans la même action. J'ai fait beaucoup de vrais interceptions mais je pense que douze c'est un peu beaucoup. Quand j'ai appris que c'était le premier quadruple double j'étais étonné. Mais je ne réalisait pas à quel point c'était bien. A l'époque, Magic Jonhson faisait des triple-double tout les soirs. Au moins, j'ai fait ça et c'est bien parce que mon fils me demande toujours pourquoi je ne fais rien dans le matches maintenant.
D'où vient cette idées de site internet ?
On m'a demandé ce que je pensait de l'idée de faire un site mais je n'étais pas trop chaud parce que je me demandais ce que je devais faire. Je me disais : qu'est-ce que tu vas marquer sur ton site ? Mais je j'ai fait et les gens regrettent parce que maintenant je peux raconter à tout le monde comment je suis venu à Pau en vélo (ndlr: Derrick commence ses élucubrations)...
Vous racontez beaucoup de chose sur votre site...
Je ne voulais pas parler des matches, mais écrire ce que je voulais. Parce que pour le basket, il y a "l'équipe" ou "BasketNews". Je voulais écrire que ma femme était partie avec un autre homme.
Vous prenez beaucoup de photos, dans toutes les circonstances. Parfois elles sont bizarres. Vous avez toujours votre appareils numérique avec vous ?
Oui, toujours. Je n'ai pas le temps de mettre toutes mes photos en ligne. Par exemple celle où j'ai gagné le championnat de fléchettes et de bowling et la fois où j'ai gagné le tour du Pakistan en VTT.
Qu'est-ce que c'est que cette histoire de fléchettes, de bowling et de Pakistan ?
Personne ne veut jouer avec moi. Il paraît que Freddy Fauthoux et Gérard Bouscarel sont bons mais personne ne veut jouer avec moi. L'excuse c'est qu'ils n'ont pas le temps.
Mais vous êtes champion de quoi exactement ?
Il y a déjà la photo dans mon vestiaire. (Il essaye de noyer le poisson). En bowling, je suis champion de France 2001 et champion de Bulgarie 2001 aussi. Et champion du Pakistan en VTT...
Derrick, honnêtement, vous devez savoir que beaucoup de gens doutent de ces histoires...
Je vais mettre tout sur le site, tu verras. Je vais expliquer.
Comment pouvez-vous être champion de Bulgarie ? Il faut avoir une licence dans ce pays, on imagine...
Je joue pendant les trêves, comme au mois de novembre... Je vais expliquer bientôt. Pour le tour du Pakistan, c'est pendant l'été. Demande à Fred Fauthoux...
Mouais. Vos coéquipiers arrivent-ils à vous supporter ?
J'aime bien rigoler pour qu'il y ait une bonne ambiance dans l'équipe, pour que les gens m'aiment bien. Parce que depuis treize ans j'avais échangé beaucoup de coups de coude, coups de poing, coup de pieds avec Didier Gadou et Freddy Fauthoux donc il était important d'arriver ici avec l'esprit de quelqu'un qui va écouter les gens qui sont champion de France. Moi je n'ai rien gagné. J'ai du respect pour eux. Mais je n'ai jamais essayé de faire mal à qui que ce soit.
Que pensez-vous de notre sondage de la saison dernière qui vous plaçait dans les joueurs les plus vicieux, les plus truqueurs ?
J'ai parlé avec Freddy et Didier de ça. Plus on est âgé, plus on doit tricher. Je suis toujours basketteur mais je ne suis plus le même. Je ne fais plus de smatch, je ne saute plus pour les rebonds. Donc, je dois accrocher un bras ou tirer sur un poil des jambes pour aller chercher le rebond. Je veux dire à tout le monde que quand tu vas jouer contre Derrick ça ne va pas être facile. Tout le monde truque un peu de toutes façons.
Vous tirez sur les poils des jambes de vos adversaires ?
Oui, ça marche cinq fois par an. Cinq fois c'est l'autre qui finit par faire faute sur moi. Sur une remise en jeu, si tu tires sur un poil de jambes, ça fait mal. Le joueur est fatigué, tu lui tires sur les poils et il va automatiquement te pousser avec le bras. Et normalement l'arbitre lui siffle une faute. Il y a aussi la technique du marcher sur les pieds. Tu lui marches sur les pieds et il ne peut plus bouger.
Quelles sont les autres astuces ?
Eh, je peux pas dire trop. Les arbitres je sais comment ils sont... Mais regarde Savic, c'est du catch. Ou Geoff Lear.
Merci Derrick pour cette interview...
C'est rien, ça m'arrange parce que j'étais en train de laver la cuisine, la vaisselle tout ça, et je ne suis plus obligé de le faire.
Interview BasketNews #69- Fabien Friconnet - 14 février 2002 |
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